Istanbul

Après 3 semaines passées dans le sud du Peloponnese, des tonnes d’olives ramassées, des litres d’huile et d’ouzo avalées, de gros plats délicieux engloutis, des couchers de soleil ayant inspirés El Greco, des teintes de couleurs douces et chaudes, nous repartons objectif la Turquie, des oranges plein les poches et des rêves plein la tête. Les mains caleuses, les avants-bras écorchés, le dos fatigué et la tête vidée par l’effort physique, nous sommes fin prêts. Au matin, il fait gris, et ça tire des coups de feu dans tous les sens. Deux options, soit les sangliers sont ici particulièrement résistants, soit les grecs ont de sérieux problèmes de vision.

De la même façon qu’à l’aller, nous voyageons rapidement en enchainant les transport, et un jour et demi plus tard nous serons à Istanbul.  Théo tente de conjurer ses difficultés à dormir dans le train Athènes – Thessalonique que nous avions déjà pris en forçant sur l’Ouzo. Mauvaise idée. Roberto avait pourtant était prudent sur cet alcool, lui qui n’hésitait jamais sur le vin ou le schnaps, et Barbara avait expliqué « Avec l’Ouzo, tout va bien jusqu’au moment ou on se lève ». Et puis dans ce wagon de train, on sympathise avec les voisins, on boit, puis vient l’heure de pisser et le voilà parti pour une bonne heure de déambulation durant laquelle il sera incapable de retrouver le compartiment. Nous allons retirer l’Ouzo de notre liste de somnifères.

Nous passons la frontière Turque, qui signe le retour des paysages du centre des Balkans. Grosse route vide dont les sorties sont goudronnées sur trente mètres. Des barrières qui apparaissent en bord de route de façon aléatoire. Des champs ras partout autour, quelques silos et des ordures qui semblent se rassembler d’elles-même en petit tas pour affronter le vent frais qui balaie la plaine. Et puis des villes. Ou plutôt des groupes de bâtiments carrés, blocs de six ou sept étages, qui se font face pour former un hameau d’immeubles. Ces petites villes sont reliées entre elle par des poteaux électriques de toutes formes, qui semblent être les seuls habitants de ce territoire plat. Quelques fausses voitures de police en carton, dont nous avait parlé Maddi et Inigo décorent le bord de la route. Et puis il y a l’odeur, elle aussi rappelle les Balkans. C’est le retour de la fumée âcre du charbon brulé…

La route ne fut pas très dépaysante, mais nous savons que nous ne sommes plus en Europe très vite. Pourquoi ? A peine descendu du bus, nous demandons le chemin pour nous diriger au centre d’Istanbul, malheureusement personne ne parle anglais… Nous trouvons finalement un métro, mais voilà qu’une bande de jeunes souriants nous aborde, nous demandent nos passeports, en nous montrant un bout de carte sorti d’un portefeuille avec l’intitulé « Polis » écrit dessus, et surtout nous montre son holster. Il prend ces derniers en photo et les transmet via WhatsApp. Ces messieurs semblent amusés de voir des français. Seulement un des leurs parle anglais correctement, et les autres nous envoient des tapes amicales sur l’épaule, nous touchent la barbe, les cheveux et les bras, jouent avec le bâton de Théo, ou encore nous demandent combien coûtent nos vestes en rigolant. Après quelques minutes passées à plaisanter, nous récupérons finalement les passeports dans la joie et la bonne humeur, leurs validités étant confirmées. Les collègues nous accompagnent ensuite échanger nos euros et nous indiquent le chemin à prendre pour rejoindre le centre culturel d’Istanbul.

Le premier contact avec les turcs, amusant bien que particulier, s’enchaîne directement avec un autre habitant que nous rencontrons peu après dans la station de métro, alors que nous achetions des tickets. Il parle étonnement bien français, anglais et allemand, sans oublier le turc évidemment, et nous affirme être capable de nous dégoter un hôtel à moindre prix, qu’on pourrait essayer de négocier sans et avec lui pour comparer. Après tout, on vient du Sud, non? Dans le métro, nous faisons la conversation, parlons des transsexuels de Taksim, des attentats en Turquie et de leur impact sur le tourisme, et du métier de guide officieux du collègue; mais après avoir vu les studios et hôtel miteux bien qu’abordables qu’il nous propose, nous congédions notre ami. Ce sera auberge de jeunesse.

Istanbul est une ville immense, ou l’on voit le mélange culturel entre l’orient et l’occident. Des femmes voilées dans la rue, marchant à côté d’autres en leggins serrés, des boîtes de nuits crachant les décibels, les kebabs et restaurants accompagnés de leurs rabatteurs, faisant toujours preuve d’imagination afin d’essayer de vous convaincre, quelque que soit la langue que vous parlez, il en connaissent quelques mots.

Mais la chose qui nous aura marqué ici, hormis les immenses mosquées ou le pont des pêcheurs au dessus du Bosphore, ce sont les odeurs qui enveloppent la ville. Istanbul est vraiment une ville qui renverse les habitudes et hiérarchies sensorielles. Partout ça sent les épices, les grillades de viande et de poisson, le sucré et fruité des Narguilés, et puis les marrons et les épis de maïs qui dorent lentement. Entre les vendeurs d’épices, aux étals colorées et parsemées de safran, les Kebab, les Pide avec lesquelles on peut se caler la dent creuse, et les montagnes de pâtisseries turques, le gros nez de Virgile ne peut en être qu’heureux.

Ensuite, c’est le son qui surprend. L’appel à la prière, forcément, lancé depuis chacune des nombreuses mosquées, enveloppant la ville de longues plaintes qui se croisent et se chevauchent. Les cris des vendeurs de rues, ou même des vendeurs tout court car tout bon vendeur attend de toute façon son client dans la rue devant son  magasin. Et puis les discussions qui s’échauffent, à la façon méditerranéenne, et les klaxons secs qui fusent pour écarter les foules.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà une ambiance dans une partie de l’énorme bazar qui s’étend dans le centre ancien. Il est tellement grand que l’on croirait pouvoir s’y perdre une journée sans passer deux fois par la même rue…

 

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Et puis deux extraits des appels à la prière. Le premier proche d’une mosquée avec les voix d’autres Muezin en écho au lointain, et le second depuis la cour intérieure d’une mosquée.